En quoi l’art peut être thérapeutique?

crédit de l’image : Josiane Gagnon

Angela Evers (2010) dans son livre Le grand livre de l’art-thérapie nous raconte la situation thérapeutique d’une femme, Nina, ayant un problème de dépendance à l’alcool, et pour qui l’art-thérapie a permis de révéler la grande souffrance que camouflait sa consommation. À son premier atelier d’art-thérapie, Nina s’est dessinée en se représentant portant une poche à patates et tenant entre ses mains sa tête décapitée. Cette expression artistique a permis à Nina de faire ressortir les séquelles des traumatismes de l’enfance dont elle a été victime. Ce premier dessin (l’image d’un corps morcelé) donne des indications importantes pour guider le travail de réparation et de guérison. Nous voyons comment cette activité artistique a permis à Nina d’être en contact avec elle-même, tant au plan physique par l’utilisation de matériel d’art que psychologique par la symbolisation d’une souffrance. Elle a réussi à s’exprimer autrement que par des mots et de façon plus complète et rapide.

Selon une vision neurophysiologique (Muret, 1983), nous pouvons dire que Nina a utilisé ses fonctions cérébrales droites pour prendre contact avec des souvenirs douloureux. On associe l’hémisphère gauche principalement à la communication verbale et à la logique, tandis que l’hémisphère droit est associé à la communication non verbale, à l’intuition, à l’imaginaire, aux souvenirs et à l’inconscient. Lorsque nous créons des images, l’hémisphère droit est beaucoup sollicité. Watzlawick, (1980 : cité Muret, 1983) soutient que dans cette région du cerveau s’opère le processus du changement. Hoppe (n.d. : cité dans Muret, 1983) avance que les troubles psychosomatiques répondraient à un blocage de l’hémisphère droit. De son côté, Winnicott (1975 : cité dans Muret, 1983) proposait à ses patients de faire des gribouillis afin d’y remédier.

Il y a de nombreuses approches en psychologie qui se servent de l’art pour sa fonction thérapeutique. L’approche cognitivo-comportementale s’intéresse à l’art pour modifier certains symptômes, comportements et cognitions. Dans le cas de Nina, la création artistique pourrait être utilisée pour la restructuration cognitive en travaillant en même temps les schémas de pensées et les émotions liées à des événements traumatisants qu’elle aurait exprimées sur papier.

L’approche humaniste parle de l’actualisation du soi par la création. Les art-thérapeutes humanistes vont aider la personne à renouer avec son potentiel créatif. Plus précisément, l’approche gestaltiste va mettre l’accent sur l’expérience immédiate lors de la production artistique. Une attention particulière au processus de création sera portée. Un art-thérapeute gestaltiste pourrait demander à Nina, par exemple, ce qui l’étonne ou la surprend (ce qui est prégnant) dans l’image qu’elle vient de créer.

L’approche psychodynamique s’attarde à l’image comme étant un réceptacle de l’inconscient qui favorise les prises de conscience. La relation transférentielle est importante et elle est vue comme se jouant à trois (triangulation), entre le client, l’œuvre et le thérapeute, et de façon multidirectionnelle. Plusieurs auteurs se partagent la vision psychodynamique, dont Judith Rubin (1982) qui voit la création artistique comme un va-et-vient entre vivre des tensions et s’en libérer. Pour Edith Kramer (1971), c’est le mécanisme de sublimation qui est central en permettant de concilier l’instinct et le social. Selon, elle, l’art est thérapeutique en soi, car il soutient le développement de l’identité et la maturation. Les mécanismes de défense deviennent problématiques quand ils bloquent la créativité et que l’art ne trouve plus son chemin vers l’expression. Par exemple, les mécanismes de répétitions sont productifs quand ils sont au cœur de l’apprentissage et voués à l’évolution de la personne en la faisant pratiquer (répéter). Ils sont néfastes quand ils font tourner la personne en rond sans la faire avancer. Jean-Pierre Klein (2009), quant à lui, souligne l’importance que l’abréaction (décharge émotionnelle) soit transformée par l’activité artistique, car selon lui ce qui est thérapeutique c’est de se re-créer et non pas simplement offrir un écoulement des affects. Ce qui est réparateur, ce n’est pas tant la compréhension de soi ou de son environnement, mais, de permettre au verbe de prendre vie, de s’incarner dans l’individu par le biais de la création d’œuvres artistiques. Le processus de création permet de convertir le symptôme et redonne la santé à la personne. Par l’exemple de Nina, nous pourrions dire que l’art-thérapie est une façon de parler de soi sans dire le je tout en ayant une distance sécuritaire avec le traumatisme et en même temps de le révéler au thérapeute.

Selon une autre auteure, Harriet Wadeson (1980 : cité dans Irving, 2009), l’activité artistique est thérapeutique, car elle travaille sur plusieurs facettes de l’individu à la fois ce qui confère un caractère holistique. L’art est, également, thérapeutique (Gérin, 2000a), car il permet d’explorer l’imaginaire, d’exprimer l’inexprimable, d’exprimer au lieu de décrire, de raviver la mémoire, de ramener au présent, d’énergiser tant sur le plan physique et psychique, de transformer des modes de pensée, d’accroître l’estime de soi, de prendre une distance et d’intégrer avec moins de heurts nos projections, d’ouvrir de nouvelles possibilités, et de créer des objets qui ont une vie dans
le temps.

Et finalement, soulignons que Winnicott (1975) utilisait l’art avec ses patients pour le jeu qu’il procure. Naturellement et spontanément, les enfants en santé jouent et gribouillent, l’art les aide à se construire et à se développer. Il serait judicieux de suivre leur exemple et d’avoir des activités artistiques pour guérir de nos blessures psychiques et favoriser une bonne santé!

Auteur : Josiane Gagnon

Je suis une passionnée de l'art-thérapie. L'approche que je privilégie est une approche dite « studio ». Cette approche met de l'avant le processus créatif comme moteur de changement permettant à une personne d'atteindre son plein potentiel. N'hésitez pas à m'écrire pour échanger sur ce vaste domaine.

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