L’art-thérapie et les troubles psychotiques

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Interprétation d’indices visuels d’une personnalité schizotypique

INTRODUCTION

Du point de vue de la psychopathologie, le DSM-5 classe les troubles psychotiques sous le libellé de spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques. Sous ce libellé nous retrouvons la schizophrénie, ainsi que la personnalité schizotypique, le trouble délirant, le trouble schizophréniforme, le trouble schizoaffectif ainsi que le trouble psychotique bref. Une caractéristique commune à tous ces troubles psychotiques est le dysfonctionnement social.

En ce sens une approche psychosociale est souhaitée afin de permettre aux personnes souffrant d’un trouble psychotique d’améliorer leurs habiletés sociales. C’est ce qui m’amène à vous parler de l’art-thérapie comme d’une approche intéressante à utiliser auprès des personnes souffrant d’un trouble psychotique, car elle les aide à mieux s’ajuster au monde réel. Par exemple, les objectifs de l’intervenant en art-thérapie peuvent être de leur apprendre à mieux tolérer la présence d’autrui, à améliorer leur mode d’expression et même à assouplir leur routine.

Quelques considérations à connaître pour animer des ateliers d’art-thérapie auprès d’une personne souffrant d’un trouble psychotique

L’art-thérapeute doit adapter ses activités artistiques aux besoins de ces personnes et garder à l’esprit les enjeux qui peuvent émerger d’une telle activité comme la fragmentation, la persécution, l’omnipotence, l’anéantissement et le clivage. Ces enjeux peuvent être anxiogène pour les personnes psychotiques. En ce sens, un cadre sécuritaire doit être instauré pour permettre de contenir l’émergence de ces fantaisies. À l’intérieur d’un cadre sécuritaire, le processus artistique permet à la personne de mieux se structurer psychiquement tout en respectant ses défenses naturelles. Ainsi la personne psychotique peut explorer de façon sécuritaire les parties fragmentées de son Self et se reconstruire une personnalité mieux adaptée à la réalité du monde extérieur.

Par contre, cela est possible seulement avec la mise en place d’un suivi art-thérapeutique à long terme. Malheureusement, pour plusieurs raisons, souvent de nature organisationnelle, les suivis se font sur du court terme. Si l’on doit offrir un suivi à court terme, il faut alors viser des objectifs vers l’amélioration d’un bien-être et une meilleure qualité de vie, plutôt qu’une diminution des symptômes ou d’une guérison.

Dans tous les cas, un suivi art-thérapeutique doit se faire de manière progressive. Au début, l’utilisation d’un médium contrôlé et structurant comme les crayons de mine ou le feutre est recommandé. Il faut éviter les médiums liquides comme la peinture, car la personne psychotique peut se sentir submergé à son contact. Les médiums secs permettent mieux de renforcer la structure de l’ego et les forces intérieures de la personne.

Un autre aspect à considérer est la spatialité d’une création. Ainsi,  une œuvre artistique en 2D permet de toucher à des aspects différents qu’une œuvre en 3D. Par exemple, le dessin d’un paysage au feutre peut aider la personne à prendre conscience et à mieux différencier les éléments en figure/fond de l’image. Pour ce qui est de l’oeuvre en 3D, comme une sculpture en carton, elle mène un travail au niveau de la forme. Là où il n’y avait que l’informe, il y a maintenant la forme. Soulignons qu’un médium comme l’argile favorise la trace, le sentiment d’exister et l’instauration d’une limite concrète entre l’intérieur et l’extérieur. Par contre, l’art-thérapeute doit se rappeler que l’argile amène la personne à être en contact avec ces angoisses corporelles. Certaines personnes psychotiques voient en l’argile de même qu’avec la plasticine un objet de persécution. Par exemple, la pellicule d’argile qui sèche et craque sur la peau peut être très déstabilisante et rappelle l’enjeu de morcellement.

Au niveau des interactions, les premières phases d’approche de l’objet d’art se présente souvent par des interactions minimales comme « j’aime/ je n’aime pas». Ainsi, les premiers ateliers permettent à la personne d’explorer, d’apprivoiser et de classifier le matériel artistique et la composante d’une image (les couleurs, les lignes droites, entremêlées, sinueuses, les formes et l’emplacement des éléments graphiques sur une feuille). Tranquillement, la personne s’approprie le langage pictural pour exprimer son individualité.

Avant de terminer, je souhaite faire un bref survol des indices graphiques présents dans les œuvres d’une personne psychotique. On remarque souvent que les œuvres sont souvent inachevées, comme des ébauches construites sur des formes préliminaires, déformées et vides. Les objets sont souvent confondus avec l’arrière-plan. Les notions de perspective ne sont pas comprises. Les couleurs sont bruyantes, irréalistes et illogiques. L’atmosphère des œuvres est bizarre et fragmenté.

Malgré les considérations précédentes, il est de mon avis qu’il ne faut pas déprécier l’esthétisme de ce genre de création. Au contraire, l’histoire nous raconte que c’est grâce à l’innovation de certains psychiatres du 19e siècle que l’art est entré dans les asiles. Par la suite, cet art «des fous» est devenu un mouvement artistique connu sous le nom d’Art Brut. Aujourd’hui, l’Art Brut connaît encore une popularité auprès du milieu artistique, des musées et des collectionneurs.

Conclusion

Le sujet de l’art chez les personnes psychotiques est vaste et fascinant et j’aurais sûrement l’occasion d’y revenir, mais pour conclure, ce qu’il faut se rappeler c’est que l’art permet aux personnes souffrant d’un trouble psychotique d’avoir un meilleur contact au monde extérieur et intérieur, d’apprendre à mieux s’exprimer et d’améliorer leur qualité de vie. Au final, l’art leur permet de prendre une place dans la société.

Bibliographie

Gussak, D. E. et Rosal, M. L. (2016). The Wiley handbook of Art Therapy. Wiley & Son.

Killick, K. et Schaverien, J. (1967) . Art, Psychotherapy and Psychosis. London : Routledge.

Morrison J. (2014). DSM-5 Made Easy : The Clinician’s Guide to Diagnosis. New York : The Guilford Press.

Auteur : Josiane Gagnon

Je suis une passionnée de l'art-thérapie. L'approche que je privilégie est une approche dite « studio ». Cette approche met de l'avant le processus créatif comme moteur de changement permettant à une personne d'atteindre son plein potentiel. N'hésitez pas à m'écrire pour échanger sur ce vaste domaine.

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