Les processus primaires et secondaires en créativité

Dragon et créativité
La peur du succès, gouache et encres (crédit : Josiane Gagnon)

En psychologie, on évoque souvent les processus primaires et secondaires, mais qu’en est-il lorsque ces concepts sont appliqués au champs de la créativité? Dans cet article,  je vais tenter d’expliciter ces deux processus en me référant à Maslow (2006, 2008). Cet auteur et psychologue défini deux niveaux à l’activité créatrice : les processus primaires et les processus secondaires.

D’abord, il y a les processus primaires qui sont liés à l’inconscient, à des couches très profondes de notre appareil psychique où siègent nos émotions, nos images intérieures, nos intuitions, nos rêves, mais aussi notre capacité à jouer. S’ouvrir aux processus primaires implique de ne pas se censurer ni s’inhiber. Il s’agit d’honorer notre authenticité en s’autorisant à rire comme un fou, à pleurer sans raison, à être imprévisible, irrationnel et sans tabou. Voici un extrait qui résume cette pensée :

(Maslow, 2006, p.107)

« […] c’est de ce même inconscient, de ce même moi plus profond, de cette part de nous-mêmes qui nous effraie et que nous essayons de contrôler, que vient cette capacité à jouer, à trouver du plaisir, à fantasmer, à rire, à paresser, à être spontané et, ce qui nous intéresse ici, à créer, la créativité étant une sorte de jeu intellectuel, de permission à nous-mêmes, à rêver, à nous relâcher et à nous accorder un brin de folie en privé (toutes les idées vraiment novatrices semblent elles-mêmes folles de prime abord). »

De leur côté, les processus secondaires sont liés au conscient, à la pensée logique et linéaire. Un individu qui se cantonne presque exclusivement dans ce processus a une personnalité rigide et il est apeuré par le contenu provenant des processus primaires. Par tous les moyens, il va tenter de taire les processus primaires qui cherchent à s’exprimer en lui. Ce type d’individu rencontre des blocages importants face aux activités créatives. En se bloquant de la sorte et en se privant l’accès au monde émotionnel, il risque de développer des difficultés dans son ajustement créateur au monde. Il peut même déveloper des troubles psychologiques et psychosomatique.

Exemple d’un processus créatif

Pour mieux illustrer mon propos, je vous réfère à l’image du dragon que j’ai illustré (voir ci-dessus l’illustration La peur du succès). J’ai réalisé cette illustration dans le cadre d’un travail introspectif sur ma propre démarche en tant qu’artiste. Les processus primaires se sont manifestés lors de la première étape de mon processus où j’ai créé deux mindmaps (cartes mentales) tiré d’un des exerices du livre Créez la vie qui vous ressemble de Anne-Marie Jobin (2013), dont celui sur la peur du succès, car il s’agit d’un enjeu qui provoque en moi certains blocages. L’exercice consiste à faire deux cartes mentales sur deux pages côte à côte, l’une sur notre peur du succès et l’autre sur notre désir de succès. Étrangement, une grande ligne sinueuse a commencé à se former du côté du désir du succès. Cela m’intriguait et j’ai continué à amplifier cette ligne en ajoutant d’autres traits, cette fois-ci des zigzags à angles pointus. J’ai pris conscience que je venais de dessiner un dragon et j’ai compris qu’il symbolisait ma peur du succès, mais que mon épanouissement personnel devait passer pas son acceptation et son apprivoisement. Ça m’a fait penser à la quête du héros qui doit braver son dragon intérieur comme nous l’explique Carol S. Pearson (1991) dans son ouvrage Awakening the Heroes Within . Ce merveilleux livre nous invite à une démarche de développement personnelle à travers 12 stades archétypales (l’innocent, l’orphelin, le soignant, le chercheur, l’amoureux, le destructeur, le créateur, l’arbitre, le magicien, le sage, le fou).

Pour poursuivre mon processus, j’ai décidé de reprendre certains mots clés de mes mindmaps et d’amplifier l’image du dragon pour en faire une œuvre visuelle. Une fois ma décision prise de réaliser une illustration de ce fameux dragon, j’ai glissée vers les processus secondaires à travers une série de tâches liées à la création de mon image : la planification, le choix du médium du support et des couleurs, la réalisation proprement dite, etc.. Comme les processus créatifs ne sont jamais linaires et séquentiels, mais plutôt circulaires comme le sont les mandalas (circumanbulatoire), les processus primaires ont refait surface à quelques reprises lors de mon processus. Par exemple, lorsque j’ai senti le besoin de découper mon dragon et de le superposer à un fond multicolore. Après coup, j’ai réalisé que cet arc-en-ciel de couleurs révélait l’aspect multidisciplinaire de ma pratique artistique. À la fin de mon processus créatif, j’ai ressenti un sentiment de sécurité intérieure, car je me suis permise d’entrer en contact avec mes peurs et j’ai réalisé que j’avais en moi la force nécessaire pour atteindre mes objectifs. Je me suis sentie davantage maître de mon destin.

Auteur : Josiane Gagnon

Je suis une passionnée de l'art-thérapie. L'approche que je privilégie est une approche dite « studio ». Cette approche met de l'avant le processus créatif comme moteur de changement permettant à une personne d'atteindre son plein potentiel. N'hésitez pas à m'écrire pour échanger sur ce vaste domaine.

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