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Les processus primaires et secondaires en créativité

Dragon et créativité
La peur du succès, gouache et encres (crédit : Josiane Gagnon)

En psychologie, on évoque souvent les processus primaires et secondaires, mais qu’en est-il lorsque ces concepts sont appliqués au champs de la créativité? Dans cet article,  je vais tenter d’expliciter ces deux processus en me référant à Maslow (2006, 2008). Cet auteur et psychologue défini deux niveaux à l’activité créatrice : les processus primaires et les processus secondaires.

D’abord, il y a les processus primaires qui sont liés à l’inconscient, à des couches très profondes de notre appareil psychique où siègent nos émotions, nos images intérieures, nos intuitions, nos rêves, mais aussi notre capacité à jouer. S’ouvrir aux processus primaires implique de ne pas se censurer ni s’inhiber. Il s’agit d’honorer notre authenticité en s’autorisant à rire comme un fou, à pleurer sans raison, à être imprévisible, irrationnel et sans tabou. Voici un extrait qui résume cette pensée :

(Maslow, 2006, p.107)

« […] c’est de ce même inconscient, de ce même moi plus profond, de cette part de nous-mêmes qui nous effraie et que nous essayons de contrôler, que vient cette capacité à jouer, à trouver du plaisir, à fantasmer, à rire, à paresser, à être spontané et, ce qui nous intéresse ici, à créer, la créativité étant une sorte de jeu intellectuel, de permission à nous-mêmes, à rêver, à nous relâcher et à nous accorder un brin de folie en privé (toutes les idées vraiment novatrices semblent elles-mêmes folles de prime abord). »

De leur côté, les processus secondaires sont liés au conscient, à la pensée logique et linéaire. Un individu qui se cantonne presque exclusivement dans ce processus a une personnalité rigide et il est apeuré par le contenu provenant des processus primaires. Par tous les moyens, il va tenter de taire les processus primaires qui cherchent à s’exprimer en lui. Ce type d’individu rencontre des blocages importants face aux activités créatives. En se bloquant de la sorte et en se privant l’accès au monde émotionnel, il risque de développer des difficultés dans son ajustement créateur au monde. Il peut même déveloper des troubles psychologiques et psychosomatique.

Exemple d’un processus créatif

Pour mieux illustrer mon propos, je vous réfère à l’image du dragon que j’ai illustré (voir ci-dessus l’illustration La peur du succès). J’ai réalisé cette illustration dans le cadre d’un travail introspectif sur ma propre démarche en tant qu’artiste. Les processus primaires se sont manifestés lors de la première étape de mon processus où j’ai créé deux mindmaps (cartes mentales) tiré d’un des exerices du livre Créez la vie qui vous ressemble de Anne-Marie Jobin (2013), dont celui sur la peur du succès, car il s’agit d’un enjeu qui provoque en moi certains blocages. L’exercice consiste à faire deux cartes mentales sur deux pages côte à côte, l’une sur notre peur du succès et l’autre sur notre désir de succès. Étrangement, une grande ligne sinueuse a commencé à se former du côté du désir du succès. Cela m’intriguait et j’ai continué à amplifier cette ligne en ajoutant d’autres traits, cette fois-ci des zigzags à angles pointus. J’ai pris conscience que je venais de dessiner un dragon et j’ai compris qu’il symbolisait ma peur du succès, mais que mon épanouissement personnel devait passer pas son acceptation et son apprivoisement. Ça m’a fait penser à la quête du héros qui doit braver son dragon intérieur comme nous l’explique Carol S. Pearson (1991) dans son ouvrage Awakening the Heroes Within . Ce merveilleux livre nous invite à une démarche de développement personnelle à travers 12 stades archétypales (l’innocent, l’orphelin, le soignant, le chercheur, l’amoureux, le destructeur, le créateur, l’arbitre, le magicien, le sage, le fou).

Pour poursuivre mon processus, j’ai décidé de reprendre certains mots clés de mes mindmaps et d’amplifier l’image du dragon pour en faire une œuvre visuelle. Une fois ma décision prise de réaliser une illustration de ce fameux dragon, j’ai glissée vers les processus secondaires à travers une série de tâches liées à la création de mon image : la planification, le choix du médium du support et des couleurs, la réalisation proprement dite, etc.. Comme les processus créatifs ne sont jamais linaires et séquentiels, mais plutôt circulaires comme le sont les mandalas (circumanbulatoire), les processus primaires ont refait surface à quelques reprises lors de mon processus. Par exemple, lorsque j’ai senti le besoin de découper mon dragon et de le superposer à un fond multicolore. Après coup, j’ai réalisé que cet arc-en-ciel de couleurs révélait l’aspect multidisciplinaire de ma pratique artistique. À la fin de mon processus créatif, j’ai ressenti un sentiment de sécurité intérieure, car je me suis permise d’entrer en contact avec mes peurs et j’ai réalisé que j’avais en moi la force nécessaire pour atteindre mes objectifs. Je me suis sentie davantage maître de mon destin.

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Être créatif…

Le pont de la créativité
Le pont de la créativité (crédit : Josiane Gagnon)

La créativité est un domaine qui m’a toujours passionné. Durant 15 ans, j’ai travaillé dans un domaine créatif à titre de graphiste. Tous les jours, je devais « pondre » de nouveaux concepts visuels. Une idée en attirait une autre, il y en avait parfois des moins bonnes, mais il y en avait toujours une pour me maintenir dans le flot créatif. Malgré un certain talent, je ne suis pas devenue une artiste de renom. Anzieu (1981) explique justement qu’il y a une différence entre être une personne créative et être un créateur. Ce qui distingue le créateur est qu’il produit une puissante percée novatrice qui va être reconnu par la communauté :

« La créativité se définit comme un ensemble de prédispositions du caractère et de l’esprit qui peuvent se cultiver et que l’on trouve chez tous, comme tendent à le faire croire certaines idéologies qui ont été un temps à la mode, du moins chez beaucoup. La création, par contre, c’est l’invention et la composition d’une œuvre, d’art ou de science répondant à deux critères : apporter du nouveau (c’est-à-dire produire quelque chose qui n’a jamais été fait), en voir la valeur tôt ou tard reconnue par un public. Ainsi définie la création est rare. » (Anzieu, 1981, p. 17).

Ainsi, je souhaite, à travers une série d’articles, approfondir avec vous le processus créateur. J’aborderai en détail plusieurs notions comme les étapes du processus créateur, les blocages et l’impact de l’œuvre sur l’artiste lui-même. Pour ce faire, je vais me référer à ma propre expérience ainsi qu’à plusieurs auteurs théoriques dont Anzieu (1981), Maslow (2006, 2008), Gosselin (1998), et certains autres.

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L’art-thérapie et les troubles psychotiques

indices visuels d'une personnalité schizotypique, magie, miroir, mains
Interprétation d’indices visuels d’une personnalité schizotypique

INTRODUCTION

Du point de vue de la psychopathologie, le DSM-5 classe les troubles psychotiques sous le libellé de spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques. Sous ce libellé nous retrouvons la schizophrénie, ainsi que la personnalité schizotypique, le trouble délirant, le trouble schizophréniforme, le trouble schizoaffectif ainsi que le trouble psychotique bref. Une caractéristique commune à tous ces troubles psychotiques est le dysfonctionnement social.

En ce sens une approche psychosociale est souhaitée afin de permettre aux personnes souffrant d’un trouble psychotique d’améliorer leurs habiletés sociales. C’est ce qui m’amène à vous parler de l’art-thérapie comme d’une approche intéressante à utiliser auprès des personnes souffrant d’un trouble psychotique, car elle les aide à mieux s’ajuster au monde réel. Par exemple, les objectifs de l’intervenant en art-thérapie peuvent être de leur apprendre à mieux tolérer la présence d’autrui, à améliorer leur mode d’expression et même à assouplir leur routine.

Quelques considérations à connaître pour animer des ateliers d’art-thérapie auprès d’une personne souffrant d’un trouble psychotique

L’art-thérapeute doit adapter ses activités artistiques aux besoins de ces personnes et garder à l’esprit les enjeux qui peuvent émerger d’une telle activité comme la fragmentation, la persécution, l’omnipotence, l’anéantissement et le clivage. Ces enjeux peuvent être anxiogène pour les personnes psychotiques. En ce sens, un cadre sécuritaire doit être instauré pour permettre de contenir l’émergence de ces fantaisies. À l’intérieur d’un cadre sécuritaire, le processus artistique permet à la personne de mieux se structurer psychiquement tout en respectant ses défenses naturelles. Ainsi la personne psychotique peut explorer de façon sécuritaire les parties fragmentées de son Self et se reconstruire une personnalité mieux adaptée à la réalité du monde extérieur.

Par contre, cela est possible seulement avec la mise en place d’un suivi art-thérapeutique à long terme. Malheureusement, pour plusieurs raisons, souvent de nature organisationnelle, les suivis se font sur du court terme. Si l’on doit offrir un suivi à court terme, il faut alors viser des objectifs vers l’amélioration d’un bien-être et une meilleure qualité de vie, plutôt qu’une diminution des symptômes ou d’une guérison.

Dans tous les cas, un suivi art-thérapeutique doit se faire de manière progressive. Au début, l’utilisation d’un médium contrôlé et structurant comme les crayons de mine ou le feutre est recommandé. Il faut éviter les médiums liquides comme la peinture, car la personne psychotique peut se sentir submergé à son contact. Les médiums secs permettent mieux de renforcer la structure de l’ego et les forces intérieures de la personne.

Un autre aspect à considérer est la spatialité d’une création. Ainsi,  une œuvre artistique en 2D permet de toucher à des aspects différents qu’une œuvre en 3D. Par exemple, le dessin d’un paysage au feutre peut aider la personne à prendre conscience et à mieux différencier les éléments en figure/fond de l’image. Pour ce qui est de l’oeuvre en 3D, comme une sculpture en carton, elle mène un travail au niveau de la forme. Là où il n’y avait que l’informe, il y a maintenant la forme. Soulignons qu’un médium comme l’argile favorise la trace, le sentiment d’exister et l’instauration d’une limite concrète entre l’intérieur et l’extérieur. Par contre, l’art-thérapeute doit se rappeler que l’argile amène la personne à être en contact avec ces angoisses corporelles. Certaines personnes psychotiques voient en l’argile de même qu’avec la plasticine un objet de persécution. Par exemple, la pellicule d’argile qui sèche et craque sur la peau peut être très déstabilisante et rappelle l’enjeu de morcellement.

Au niveau des interactions, les premières phases d’approche de l’objet d’art se présente souvent par des interactions minimales comme « j’aime/ je n’aime pas». Ainsi, les premiers ateliers permettent à la personne d’explorer, d’apprivoiser et de classifier le matériel artistique et la composante d’une image (les couleurs, les lignes droites, entremêlées, sinueuses, les formes et l’emplacement des éléments graphiques sur une feuille). Tranquillement, la personne s’approprie le langage pictural pour exprimer son individualité.

Avant de terminer, je souhaite faire un bref survol des indices graphiques présents dans les œuvres d’une personne psychotique. On remarque souvent que les œuvres sont souvent inachevées, comme des ébauches construites sur des formes préliminaires, déformées et vides. Les objets sont souvent confondus avec l’arrière-plan. Les notions de perspective ne sont pas comprises. Les couleurs sont bruyantes, irréalistes et illogiques. L’atmosphère des œuvres est bizarre et fragmenté.

Malgré les considérations précédentes, il est de mon avis qu’il ne faut pas déprécier l’esthétisme de ce genre de création. Au contraire, l’histoire nous raconte que c’est grâce à l’innovation de certains psychiatres du 19e siècle que l’art est entré dans les asiles. Par la suite, cet art «des fous» est devenu un mouvement artistique connu sous le nom d’Art Brut. Aujourd’hui, l’Art Brut connaît encore une popularité auprès du milieu artistique, des musées et des collectionneurs.

Conclusion

Le sujet de l’art chez les personnes psychotiques est vaste et fascinant et j’aurais sûrement l’occasion d’y revenir, mais pour conclure, ce qu’il faut se rappeler c’est que l’art permet aux personnes souffrant d’un trouble psychotique d’avoir un meilleur contact au monde extérieur et intérieur, d’apprendre à mieux s’exprimer et d’améliorer leur qualité de vie. Au final, l’art leur permet de prendre une place dans la société.

Bibliographie

Gussak, D. E. et Rosal, M. L. (2016). The Wiley handbook of Art Therapy. Wiley & Son.

Killick, K. et Schaverien, J. (1967) . Art, Psychotherapy and Psychosis. London : Routledge.

Morrison J. (2014). DSM-5 Made Easy : The Clinician’s Guide to Diagnosis. New York : The Guilford Press.

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Gribouiller pour retrouver son équilibre émotionnel ?

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Gribouilli abstrait aux crayons feutres et pastels secs

Reconnaître ses états émotionnels

La réalisation d’une série de gribouillis permet de découvrir certaines tendances chez la personne. Par exemple, son gribouillage est-il sec et saccadé ou bien fluide et doux? Ces tendances permettent de comprendre comment la personne interagit ou réagit avec son environnement ainsi que ses états émotionnels du moment présent.

Les biens-faits du gribouilli

Bien au-delà de l’aspect analytique des gribouillis, la production de ces dessins ont des effets bénéfiques. Cela peut permettre de se déconditionner, c’est-à-dire de mettre de côté une trop grande intellectualisation ou rigidité acquise. Cela aide également à dépasser certaines peurs et exigences liées à la performance. Cela peut mettre fin à des verbiages improductifs et nous faire découvrir des choses insoupçonnées ou refoulées. Les gribouillis permettent également de dépasser les blocages, d’atteindre des zones de conflits, de s’autoréguler, de se détendre, de s’exprimer autrement que verbalement, d’ouvrir sur le senti, de calmer le mental, de se centrer, de contacter le monde des émotions, de se libérer d’un malaise affectif, de projeter son Soi, de favoriser la créativité, de mobiliser le corps et de revenir à l’instant présent.

La couleur, les médiums et la créativité…

L’utilisation de la couleur favorise l’équilibre émotionnel. À travers le bleu, Nous pouvons ressentir de la sérénité; avec le jaune et l’orange, on peut être dynamisé; à l’aide du brun, nous pouvons prendre contacte avec nos somatisations; grâce au rouge, nous pouvons nous libérer d’une partie de la violence qui nous habitr; en utilisant du violet, nous pouvons nous ouvrir à la spiritualité; et au moyen du vert, nous pouvons nous centrer sur notre bien-être physique et mental.

L’usage de différents médiums est aussi une expérience enrichissante. Il est intéressant de prendre conscience que chaque médium suscité en nous une sensation particulière. Par exemple, nous pouvons observer l’effet structurant du crayon de bois; l’effet régressif de la peinture aux doigts; ou encore de l’effet fluide et non contrôlé de l’aquarelle.

Concernant les gribouillis développés, ils sollicitent beaucoup la créativité. Ils aident, également, à résoudre des conflits intérieurs qui émanent du gribouillis brut. On peut dire que les gribouillis développés ouvrent le processus de guérison naturel et inconscient.

Mise en garde thérapeutique

L’utilisation du gribouillis peut être déconseillée en période de grande désorganisation psychique. Une personne trop régressée ou trop angoissée pourrait voir ses affects exacerbés par un tel exercice. Par exemple, une personne psychotique a besoin d’un contact avec la réalité, le gribouillis pourrait représenter une trop grande abstraction, ce qui ne l’aiderait pas à se réorganiser adéquatement.

expression créative
gribouilli transformé aux pastels secs

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Visualisation pour se souvenir de ses rêves

Dessin au pastel à partir d’un rêve.

Il s’agit d’une visualisation* que j’utilise dans mes ateliers d’art-thérapie pour travailler sur les rêves :« Imaginer que vous vous trouvez dans une pièce complètement obscure. Tout est noir autour de vous, vous tournez sur vous-même et apercevez, au fond de la pièce une ouverture, un large couloir. Vous emprunter ce couloir, il fait toujours aussi noir, mais vous n’en n’éprouvait aucune gêne, aucune crainte, vous avancer lentement et, à mesure que vous marchez, des images apparaissent sur les parois ou même tout autour de vous. Il s’agit d’images de vos rêves récents ou même très anciens. Observer ces images. Il est possible qu’une même image vienne et revienne sans cesse, ou alors que vous passiez d’une scène d’un rêve à une autre ou d’un rêve à un autre. Cela dépend de votre état d’esprit du moment. Maintenant, choisissez une seule de ces images. Portez attention aux personnes, au lieu, aux objets, aux couleurs, aux détails ou à toute autre chose présente dans cette image.

Quand vous vous sentez suffisamment satisfait de l’image choisie, ouvrez les yeux et revenez lentement à votre réalité quotidienne.

Maintenant, dessinez votre rêve spontanément. Prenez 10 minutes pour le réaliser. Il s’agit de dessiner l’essentiel. Il ne s’agit pas de faire un beau dessin mais simplement d’être spontanée. »

* Crédit: Visualisation adaptée par Josiane Gagnon (2019) de Terry Schwartz (2006). L'imagerie mentale - 35 exercices pour éveiller le sourire intérieur, Montréal : les Éditions Quebecor.
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Le rêve en art-thérapie

Le rêve selon Fluchaire

détails du rêve Hiver. flocons de neige
Détail repris et amplifier à partir du rêve Hiver (crédit de l’image : Josiane Gagnon)

Selon Fluchaire (1985), le rêve utilise un langage à part qui possède son propre code. Le rêve nous parle en images. Il peut arriver que ses images nous envoient un message clair, mais la plupart du temps il s’adresse à nous de façon détournée, il utilise la langue des symboles. Toujours selon Fluchaire (1985), le langage symbolique a pour effet d’augmenter la puissance du message, car il mobilise l’émotivité de la personne en la chargeant d’une énergie nouvelle issue des profondeurs de la psyché. C’est en ce sens que le symbole est un transformateur d’énergie. Par exemple, c’est en utilisant une méthode orientée vers l’amplification d’un détail que l’on donne davantage de puissance à un message. On peut demander à la personne de s’attarder à un élément de son rêve et de le dessiner en grand format pour faire ressortir le caractère le plus prégnant. Fluchaire (1985) qualifie le langage du rêve de vivant, car ses images projetées sur notre écran intérieur venant des profondeurs primitives de l’inconscient humain viennent nous remuer, nous transformer, nous « […] en met plein la vue » (p. 83).

Le rêve vient enrichir notre vie à l’aide de son langage symbolique, il « transmet des informations de notre partie instinctive à notre partie rationnelle » (Fluchaire, 1985, p. 91). Toutefois, le rêve le fait avec un immense tact. Il évite de brusquer le rêveur qui pourrait, s’il se sent attaqué, se refermer et bloquer, ainsi, tous les précieux messages provenant de l’inconscient. En terminant, Fluchaire (1985) mentionne que c’est lorsque l’on rêve qu’on est le plus près du cosmos, ce qui donne au rêve un caractère spirituel et universel.

Bibliographie :
Fluchaire, P. (1985). La révolution du rêve. Escalquens : Ed. Dangles.

Personnages de dos en manteaux d'hiver, rue enneigée
Le rêve Hiver (crédit de l’image : Josiane Gagnon)
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Le rêve en art-thérapie

Le rêve en art-thérapie (1ière partie)

Le travail du rêve sera aborder en profondeur à travers une série de plusieurs articles. Le présent article est le premier jet de cette série.

Ainsi, je vais expliquer certaines notions théoriques et pratiques concernant le pouvoir thérapeutique du rêve en art-thérapie. Entre autre, je vais puiser dans les textes de Gaston Bachelard afin de mettre en lien les notions sur l’imaginaire et celles du rêve comme outil thérapeutique, et de Carl Jung pour expliquer la fonction des rêves et leurs symboliques.

J’espère que le sujet vous passionnera autant qu’il me fascine. En attendant le prochain article, je vous souhaite de beaux rêves.

Oniriquement,

Josiane Gagnon, art-thérapeute

Le rêve
(crédit de l’illustration : Josiane Gagnon)

 

Introduction

Chaque nuit, nous plongeons dans le sommeil et nous traversons quatre cycles : l’endormissement, le sommeil léger et lent, le sommeil lent et profond, et le sommeil profond et paradoxal. C’est au stade du sommeil paradoxal que les rêves sont les plus intenses. De toutes les époques, les rêves ont fasciné l’homme (Magrin, 1996). On a qu’à penser aux Grecs de l’antiquité qui utilisaient les rêves pour être conseillés dans la prise de grande décision (Garfield, 1983). Mais pour tirer de tels conseils de nos songes, il faut s’en souvenir. Plusieurs personnes se plaignent de ne pas y parvenir. Il existe pourtant plusieurs méthodes pour pallier à cela. En ce qui me concerne, je tiens un journal personnel de mes rêves depuis plus quelques années. Ce journal m’aide à approfondir le sens d’un rêve.

(à suivre...) 
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En quoi l’art peut être thérapeutique?

crédit de l’image : Josiane Gagnon

Angela Evers (2010) dans son livre Le grand livre de l’art-thérapie nous raconte la situation thérapeutique d’une femme, Nina, ayant un problème de dépendance à l’alcool, et pour qui l’art-thérapie a permis de révéler la grande souffrance que camouflait sa consommation. À son premier atelier d’art-thérapie, Nina s’est dessinée en se représentant portant une poche à patates et tenant entre ses mains sa tête décapitée. Cette expression artistique a permis à Nina de faire ressortir les séquelles des traumatismes de l’enfance dont elle a été victime. Ce premier dessin (l’image d’un corps morcelé) donne des indications importantes pour guider le travail de réparation et de guérison. Nous voyons comment cette activité artistique a permis à Nina d’être en contact avec elle-même, tant au plan physique par l’utilisation de matériel d’art que psychologique par la symbolisation d’une souffrance. Elle a réussi à s’exprimer autrement que par des mots et de façon plus complète et rapide.

Selon une vision neurophysiologique (Muret, 1983), nous pouvons dire que Nina a utilisé ses fonctions cérébrales droites pour prendre contact avec des souvenirs douloureux. On associe l’hémisphère gauche principalement à la communication verbale et à la logique, tandis que l’hémisphère droit est associé à la communication non verbale, à l’intuition, à l’imaginaire, aux souvenirs et à l’inconscient. Lorsque nous créons des images, l’hémisphère droit est beaucoup sollicité. Watzlawick, (1980 : cité Muret, 1983) soutient que dans cette région du cerveau s’opère le processus du changement. Hoppe (n.d. : cité dans Muret, 1983) avance que les troubles psychosomatiques répondraient à un blocage de l’hémisphère droit. De son côté, Winnicott (1975 : cité dans Muret, 1983) proposait à ses patients de faire des gribouillis afin d’y remédier.

Il y a de nombreuses approches en psychologie qui se servent de l’art pour sa fonction thérapeutique. L’approche cognitivo-comportementale s’intéresse à l’art pour modifier certains symptômes, comportements et cognitions. Dans le cas de Nina, la création artistique pourrait être utilisée pour la restructuration cognitive en travaillant en même temps les schémas de pensées et les émotions liées à des événements traumatisants qu’elle aurait exprimées sur papier.

L’approche humaniste parle de l’actualisation du soi par la création. Les art-thérapeutes humanistes vont aider la personne à renouer avec son potentiel créatif. Plus précisément, l’approche gestaltiste va mettre l’accent sur l’expérience immédiate lors de la production artistique. Une attention particulière au processus de création sera portée. Un art-thérapeute gestaltiste pourrait demander à Nina, par exemple, ce qui l’étonne ou la surprend (ce qui est prégnant) dans l’image qu’elle vient de créer.

L’approche psychodynamique s’attarde à l’image comme étant un réceptacle de l’inconscient qui favorise les prises de conscience. La relation transférentielle est importante et elle est vue comme se jouant à trois (triangulation), entre le client, l’œuvre et le thérapeute, et de façon multidirectionnelle. Plusieurs auteurs se partagent la vision psychodynamique, dont Judith Rubin (1982) qui voit la création artistique comme un va-et-vient entre vivre des tensions et s’en libérer. Pour Edith Kramer (1971), c’est le mécanisme de sublimation qui est central en permettant de concilier l’instinct et le social. Selon, elle, l’art est thérapeutique en soi, car il soutient le développement de l’identité et la maturation. Les mécanismes de défense deviennent problématiques quand ils bloquent la créativité et que l’art ne trouve plus son chemin vers l’expression. Par exemple, les mécanismes de répétitions sont productifs quand ils sont au cœur de l’apprentissage et voués à l’évolution de la personne en la faisant pratiquer (répéter). Ils sont néfastes quand ils font tourner la personne en rond sans la faire avancer. Jean-Pierre Klein (2009), quant à lui, souligne l’importance que l’abréaction (décharge émotionnelle) soit transformée par l’activité artistique, car selon lui ce qui est thérapeutique c’est de se re-créer et non pas simplement offrir un écoulement des affects. Ce qui est réparateur, ce n’est pas tant la compréhension de soi ou de son environnement, mais, de permettre au verbe de prendre vie, de s’incarner dans l’individu par le biais de la création d’œuvres artistiques. Le processus de création permet de convertir le symptôme et redonne la santé à la personne. Par l’exemple de Nina, nous pourrions dire que l’art-thérapie est une façon de parler de soi sans dire le je tout en ayant une distance sécuritaire avec le traumatisme et en même temps de le révéler au thérapeute.

Selon une autre auteure, Harriet Wadeson (1980 : cité dans Irving, 2009), l’activité artistique est thérapeutique, car elle travaille sur plusieurs facettes de l’individu à la fois ce qui confère un caractère holistique. L’art est, également, thérapeutique (Gérin, 2000a), car il permet d’explorer l’imaginaire, d’exprimer l’inexprimable, d’exprimer au lieu de décrire, de raviver la mémoire, de ramener au présent, d’énergiser tant sur le plan physique et psychique, de transformer des modes de pensée, d’accroître l’estime de soi, de prendre une distance et d’intégrer avec moins de heurts nos projections, d’ouvrir de nouvelles possibilités, et de créer des objets qui ont une vie dans
le temps.

Et finalement, soulignons que Winnicott (1975) utilisait l’art avec ses patients pour le jeu qu’il procure. Naturellement et spontanément, les enfants en santé jouent et gribouillent, l’art les aide à se construire et à se développer. Il serait judicieux de suivre leur exemple et d’avoir des activités artistiques pour guérir de nos blessures psychiques et favoriser une bonne santé!

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Les biens-faits de l’art-thérapie

Et si ma créativité était un jardin, à quoi ressemblerait-elle… (crédit : Josiane Gagnon)

Voici quelques exemples des biens-faits que l’art-thérapie peut vous apporter :

  • Stimuler votre créativité;
  • Acquérir une meilleure connaissance de soi;
  • Faire des choix qui vous conviennent mieux;
  • Améliorer vos relations interpersonnelles;
  • Vivre de manière plus harmonieuse;
  • Mieux gérer votre stress;
  • Et bien plus…
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Photos d’art

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